Poliegos est la plus grande île inhabitée de la mer Égée. Elle est à un mille de Kimolos, à trois de Milos, et il n’y a rien dessus : pas de port, pas de route, pas une maison. On y arrive en voilier, on mouille dans une eau dont la couleur ne ressemble à aucune autre des Cyclades, et on y passe la journée sans croiser personne. Kimolos, juste en face, a neuf cents habitants, un village blanc sur la colline et de quoi dîner. Ensemble, elles font l’escale dont les équipages reparlent en rentrant.
Pourquoi elles sont vides alors que Milos est plein
Ce n’est pas une question de beauté. Aux Cyclades, presque tout est beau. C’est une question de transports.
Milos a un aéroport et des ferries directs du Pirée. Kleftiko, sa grotte de carte postale, reçoit les bateaux à la journée qui partent d’Adamas en milieu de matinée et rentrent en fin d’après-midi. Kimolos, elle, n’a qu’un petit ferry depuis Pollonia, à la pointe nord-est de Milos : vingt minutes de traversée que la plupart des visiteurs ne font jamais. Et Poliegos n’a strictement rien — pas de débarcadère, donc pas de visiteurs.
La fréquentation d’un lieu suit le nombre de façons d’y arriver. C’est aussi bête que ça, et c’est la seule règle qui compte quand on cherche des mouillages vides. On ne cherche pas les plus jolis endroits : on cherche ceux qu’on ne peut atteindre qu’à la voile.
Poliegos, dix-huit kilomètres carrés et personne
Le nom veut dire « beaucoup de chèvres », et c’est encore vrai : ce sont les seuls habitants. L’île est classée Natura 2000 ; on y signale le phoque moine de Méditerranée et le faucon d’Éléonore, et il faut donc mouiller comme on se tient chez quelqu’un.
On mouille dans le détroit qui la sépare de Kimolos, sur fond de sable clair. La couleur qu’y prend l’eau est difficile à décrire sans avoir l’air de vendre quelque chose : disons qu’on voit la chaîne se poser à douze mètres, et que la première réaction de tout le monde à bord est de se taire, puis de se baigner. C’est le seul mouillage de la semaine où l’on ne planifie rien : on arrive, on reste, on repart quand la lumière tombe.
Il n’y a rien à terre. Pas de taverne, pas d’eau, pas d’ombre. C’est exactement pour cela qu’il n’y a personne, et c’est le meilleur argument de l’île.
Kimolos, l’île qu’on garde pour le soir
Kimolos a donné son nom à la craie : kimolia, en grec, vient de l’île, qui a exporté sa terre blanche pendant des siècles. On débarque à Psathi, le petit port de la côte est, où trois tavernes donnent sur l’eau. Le village, Chorió, est au-dessus, à vingt minutes à pied : des ruelles blanches, une forteresse médiévale au milieu, et personne pour vous vendre quoi que ce soit.
Au nord-est, la plage de Prassa a du sable blanc et un fond qui reste bas très loin — c’est la baignade la plus facile de la zone, et une bonne alternative de mouillage quand le vent passe au sud. À l’ouest, le rocher de Skiadi, sculpté par le vent en forme de champignon, se mérite par une marche sèche et sans ombre : à faire tôt, ou pas du tout.
Les autres îles vides qu’on enchaîne
Poliegos et Kimolos ne sont pas des exceptions : ce sont les plus belles d’une série. Sur la même semaine, selon le vent, on ajoute celles-ci.
- Kolona, à Kythnos — une langue de sable qui relie l’île à l’îlot d’Agios Loukas, avec la mer des deux côtés. C’est le seul mouillage des Cyclades où l’on choisit sa façade selon le vent. Y être tôt : en août, il se garnit l’après-midi.
- Despotiko, face à Antiparos — un îlot inhabité avec un sanctuaire d’Apollon en cours de fouille, et un chenal peu profond entre les deux qui demande de l’attention.
- Carthaea, à Kéa — une cité antique avec un temple dorique et un théâtre taillé dans la pente, sans aucune route pour y accéder. On mouille dans la crique, on débarque à gué, on monte. Il n’y a pas de guichet.
- Cheronissos, à Sifnos — une anse de pêcheurs à la pointe nord de l’île, deux tavernes et rien d’autre. Bon abri par vent de sud ; sous meltem établi, on passe.
- Folegandros — la falaise la plus spectaculaire des Cyclades, avec la Chora perchée deux cents mètres au-dessus de la mer. Les mouillages sont ouverts : par temps sûr seulement.
Comment on les met dans une semaine
Une semaine aux Cyclades au départ d’Athènes descend vers le sud-ouest le long du chapelet — Kéa, Syros, Paros, Sifnos, Milos — puis remonte en une seule traversée de nuit, parce que le vent du nord faiblit après la tombée du jour. Cela fait environ 270 milles, et c’est la semaine la plus exigeante que nous fassions en Méditerranée.
Kimolos et Poliegos sont à huit milles à l’est de Kleftiko. Les ajouter ne coûte pas une journée : cela coûte deux heures de navigation, et cela change la semaine. Concrètement, on dort à Kleftiko pour l’avoir à l’aube sans les bateaux à la journée, on passe le détroit de Poliegos dans la matinée, on y reste, et on dîne à Psathi. C’est la seule journée du programme où l’on ne fait presque rien, et c’est celle que tout le monde cite.
Quand y aller
| Période | Ce qu’il faut en attendre |
|---|---|
| Mai – juin | La meilleure fenêtre. Vent modéré, îles vides, eau encore fraîche. |
| Juillet – août | Saison du meltem. Poliegos et Kimolos restent vides, mais la route doit être organisée autour du vent de nord. |
| Septembre | Notre préféré. Eau la plus chaude, meltem qui s’éteint, îles qui se vident. |
| Octobre | Calme et beau, mais la météo devient moins prévisible. |
Ce que coûte une semaine
À partir de 5 000 € la semaine pour le bateau entier, skipper compris — soit environ 850 € par personne à six. Le carburant, les frais de port et l’avitaillement s’ajoutent et se règlent en caisse de bord. Le bateau est privatisé : votre groupe et personne d’autre, jamais de cabines vendues à des inconnus.
Questions fréquentes
Peut-on aller à Poliegos autrement qu’en bateau ?
Non. L’île est inhabitée et n’a aucun débarcadère ni aucune liaison régulière. Des excursions à la journée partent parfois de Kimolos ou de Milos en saison, mais elles ne font que longer. Y passer la journée suppose d’avoir son propre bateau.
Peut-on dormir au mouillage à Poliegos ?
Oui par temps établi, dans le détroit face à Kimolos, et c’est une nuit dont on se souvient. Sous meltem installé, non : le détroit s’engouffre et l’île n’offre pas d’abri sérieux. Dans ce cas on dort à Psathi, à un mille de là, et on revient au matin.
Kimolos vaut-elle mieux que Milos ?
Elles ne jouent pas le même rôle. Milos a les paysages volcaniques les plus spectaculaires des Cyclades, Kleftiko en tête, et il faut y aller. Kimolos a le calme et les tavernes. La bonne réponse est de faire les deux dans la même journée, ce qu’un bateau permet et qu’un séjour à terre ne permet pas.
Faut-il savoir naviguer ?
Non. Le skipper est à bord et s’occupe de la navigation, du mouillage et de la météo. Vous participez autant que vous en avez envie — certains équipages barrent toute la semaine, d’autres lisent sur le pont, et les deux sont très bien.
D’où part-on ?
D’Athènes, depuis une marina à une trentaine de minutes de l’aéroport. La descente vers Milos prend trois à quatre jours selon le vent, et la remontée se fait en une traversée de nuit.
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