Le tour de Minorque fait environ 70 milles de cabotage, et la plupart de ses calas n’ont ni bar, ni eau, ni route pour y descendre. On y arrive à pied par le Camí de Cavalls, ou par la mer. Nous avons fait le tour deux fois en 2026, en juillet au départ de Cala d’Or et en septembre au départ de Barcelone. Voici l’île côte par côte : l’orientation de chaque mouillage, ce que chaque façade demande à la météo, et les ports qui refusent du monde.

Pourquoi l’île se donne mieux par la mer

Minorque est difficile d’accès par la terre. Pour descendre à Turqueta, à Es Talaier, à Macarella, et dans une certaine mesure à Binigaus, il faut marcher, souvent sur le Camí de Cavalls — un chemin magnifique, et souvent pris par les randonneurs. Le soir, quand le dernier est remonté vers le parking, il ne reste dans la cala que les bateaux qui y dorment ; au petit matin, la plage est à eux, on descend de l’annexe sur un sable où personne n’a encore marché, et on nage dans une eau qui n’a pas bougé de la nuit. C’est la seule chose que la côte ne vend nulle part : l’heure.

Voiliers au mouillage a l'aube sous le sentier, cote sud de Minorque
Au petit matin, la plage est aux bateaux qui y ont dormi

Les quatre côtes, et ce qu’elles demandent

Le sud : les calas, et l’heure où il faut y être

C’est la façade des plages blanches et de l’eau claire : Son Saura, Es Talaier, Turqueta, Macarella et Macarelleta, puis Mitjana, Trebalúger, Escorxada, Binigaus jusqu’à Cala Coves. Tout se tient en peu de milles — un peu plus d’un mille entre Turqueta et Macarella, quatre entre Macarella et Binigaus, six jusqu’à Cala Coves — donc la journée se joue sur les arrêts, pas sur la route. Les calas se remplissent entre onze heures et cinq heures, et se vident aussi vite. À huit heures du matin, à Macarelleta, il y avait deux bateaux et deux personnes sur le sable.

L’ouest : Ciutadella, la plus belle des deux villes

Ciutadella est plus authentique que Mahón, plus chargée d’histoire, avec de plus jolies rues, un centre où l’on marche volontiers, et un petit port très joli — un canal étroit qui entre dans la vieille ville, bordé de barques et de terrasses, avec les étals de poisson à un bout et la cathédrale au-dessus. C’est la seule vraie soirée en ville de la semaine, et elle vaut d’être calée à l’avance : le canal se mérite (voir le tableau des ports). Au nord de l’entrée, le Pont d’en Gil ouvre son arche sur l’ouest, et on peut mouiller juste à côté, au Racó de s’Amarador, à 40,0121 N / 3,7945 E — les cartes bathymétriques n’y voient rien, elles ont une maille de 116 mètres et ne résolvent pas le plateau contre la falaise.

L’est : Mahón, et ce qui vaut mieux que Mahón

Disons-le franchement : nous ne mettons pas Mahón parmi les escales exceptionnelles. La ville est très urbanisée, l’entrée du port est longue, et la forteresse de La Mola, qui vaut vraiment la visite, se visite par la terre — s’arrêter au mouillage pour y monter n’est pas évident. Ce qu’il faut prendre sur cette côte est un peu plus au nord : l’Illa d’en Colom, dans le parc naturel de s’Albufera des Grau, un chenal entre l’îlot et la côte, un très beau fond, un mouillage bien protégé où l’on va dîner en annexe au village d’Es Grau ; et au-dessus, le schiste noir du Cap de Favàritx et la Platja de Tortuga, sauvages l’un et l’autre. À partir de là et jusqu’à Fornells, la côte devient vraiment belle.

Le nord : la côte la moins fréquentée des Baléares

Tout le nord est sauvage. En dehors du village de Fornells, la côte n’offre que de la roche, du sable roux et des criques sans rien dessus : Cala Tirant, Pregonda, Cala del Pilar, Algaiarens, Cala Morell et sa nécropole creusée dans la falaise. C’est la façade la moins exposée au tourisme de tout l’archipel, et la raison est simple : elle n’est ouverte que lorsque la tramontane se tait. Quand elle souffle, on ne fait pas le nord ; quand elle laisse passer, il y a peu de bateaux, parce que peu de semaines le permettent. Une journée de calme sur cette côte vaut qu’on organise le reste de la semaine autour.

Le rocher ocre de Cala Pregonda, sur la cote nord de Minorque
Cala Pregonda — la cote nord, quand la tramontane laisse passer

L’orientation de chaque mouillage

Un mouillage s’abrite de ce qui vient de derrière lui : sa protection se lit dans la direction où il s’ouvre. Nous avons mesuré cette ouverture pour vingt-six mouillages, en lançant des rayons sur le trait de côte depuis une position dans l’eau et en gardant le plus large secteur sans terre. Les valeurs sont en degrés, 0° au nord.

CôteMouillageOuvert vers
SudCala en TurquetaSSE — 160°
SudEs TalaierSSE — 168°
SudMacarellaS — 171°
SudMacarelletaS — 171°
SudCala en BoscS — 181°
SudCala GaldanaS — 185°
SudSon SauraS — 191°
SudCala MitjanaSSO — 194°
SudCala TrebalúgerSSO — 198°
SudCala EscorxadaSSO — 200°
SudBinigausSSO — 204°
SudCala en PorterSSO — 209°
SudCala CovesSSO — 211°
EstSa MesquidaENE — 65°
EstFavàritxE — 80°
EstIlla d’en ColomE — 98°
EstCala RafaletESE — 102°
EstCala PresiliESE — 107°
NordCala del PilarN — 3°
NordBaie de FornellsN — 5°
NordCala PregondaNNE — 17°
NordCala TirantNNE — 18°
NordCala AlgaiarensNNO — 337°
NordCala MorellNNO — 347°
OuestCanal de CiutadellaSO — 229°
OuestPont d’en GilO — 261°

L’orientation dit de quel secteur la cala est ouverte. Elle ne dit pas, à elle seule, si la nuit sera confortable : ce qui décide, c’est la houle du jour — sa direction, et surtout sa période. Une houle résiduelle qui contourne la pointe et entre par le secteur ouvert fera rouler un bateau toute la nuit sous une prévision qui annonce une mer calme.

Nos deux semaines le montrent bien. En juillet, la nuit à Turqueta a roulé — tout le monde s’en souvient — et Macarella la nuit suivante était inconfortable, avec une houle de nord-ouest de 0,7 mètre à près de 6 secondes de période. En septembre, la même Macarella n’a pas bougé : 15 centimètres de houle du nord, 3,6 secondes, pas un souffle. Cala Coves, Fornells sur bouée, Algaiarens et l’Illa d’en Colom ont été calmes à chaque fois. Nous avons sous-estimé ce facteur une fois, sur cette nuit à Turqueta ; il fait depuis partie des calculs, et c’est ce qu’on achète en réalité — quelqu’un qui sait quelle cala tient cette nuit-là.

Feux de mouillage la nuit devant l'Illa d'en Colom, a Minorque
L'Illa d'en Colom a dix heures du soir — 17 cm de houle, rien qui bouge

Ce qu’on regarde sans s’arrêter

Tout ne se mouille pas, et une semaine se gagne aussi à ne pas s’arrêter partout. Binibèquer Vell et ses ruelles blanches se regardent depuis l’eau : il n’y a pas de vrai mouillage. Le cap de Cavalleria et son phare, c’est un cap, et plutôt l’inverse d’un abri. La Mola et l’entrée de Mahón se longent très bien sans y entrer. Le phare d’Artrutx, tour à bandes noires et blanches à l’angle sud-ouest, se double au petit matin en passant de la côte ouest aux calas du sud. Et en face de Punta Prima, l’Illa de l’Aire porte le plus haut phare de l’île.

Le phare de Favaritx et sa maison de gardien, vus de la mer
Favaritx se double sans s'arreter, sur la route de Fornells

Manger à terre, et pourquoi il n’y a presque rien

Minorque n’a presque pas de chiringuitos sur ses plages, et c’est réglementé. Son Saura, Es Talaier, Turqueta, Mitjana, Trebalúger, Fustam, Escorxada, Cala Tortuga, Pregonda, Cala del Pilar, Algaiarens : rien. Pas de bar, pas d’eau, pas d’ombre organisée. C’est exactement ce qui fait leur beauté, et ça veut dire qu’on déjeune à bord par défaut.

Les exceptions se comptent, et elles sont bonnes. Susy, à Macarella, chiringuito historique tenu par la même famille depuis 1962, à l’ombre des pins. Chiringuito Toni, les pieds dans le sable à Cala Galdana, la seule cala de la côte sud où l’on peut aussi s’avitailler. Tamarindos, sur la plage d’Es Grau, où l’on arrive en annexe depuis l’Illa d’en Colom. Ivette, à Cala Morell, sur la route entre Algaiarens et le Pont d’en Gil. À Fornells, la caldereta de langosta se commande à l’avance — le homard se sort du vivier — chez Es Cranc ou Sa Llagosta. Et à Ciutadella, le port aligne S’Amarador, Café Balear et l’Aquarium.

Deux voiliers au mouillage a l'aube dans la baie de Fornells
Fornells au petit matin — la baie, et la caldereta le soir

Les ports, et ce qu’ils acceptent vraiment

Ces règles nous ont été données par écrit par les ports eux-mêmes, en 2026. Elles changent la forme d’une semaine plus sûrement que la météo.

PortTaille acceptéeCe qu’il faut savoir
Ciutadella — Ports IB12,00 m × 4,00 m maximumAu-delà, c’est non, sans discussion.
Ciutadella — Club Nàuticjusqu’à 18 mCinq nuits minimum en haute saison ; hors saison, appeler le jour même. La place ne se prend pas avant 14 h, et il n’y a pas de service de charge d’eau.
Fornells — bouées Ports IBselon la bouéeRéservation au VHF 77. Prise à partir de 11 h, libération avant 10 h, contrat de location à présenter.
Mahón — Club MarítimoMoll de Llevant, VHF 9. Unique station de carburant du port, 8 h – 21 h tous les jours l’été.
Addaia~15 m, ric-racEntrée étroite. Plan de repli du nord, pas un but.

Une particularité locale mérite d’être connue : la rissaga, une oscillation du plan d’eau qui peut vider et remplir le canal de Ciutadella en quelques minutes. Elle se prévoit, on la surveille avant d’y entrer, et elle ne concerne qu’un port de toute l’île — mais c’est celui où l’on dort en ville.

Sortie du canal de Ciutadella au petit matin, a la barre
Le canal de Ciutadella au matin — le port qu'il faut meriter

Quand y aller

La saison utile va du 15 mai à la mi-octobre. Avant le 15 mai, l’île est bien plus calme et c’est davantage une aventure : se baigner et faire du snorkeling y est franchement froid, et les adresses de plage n’ont pas ouvert. Après la mi-octobre, la probabilité de coups de vent devient élevée et la côte nord se ferme pour de bon.

PériodeCe qu’il faut en attendre
Mi-mai – juinCalas vides, lumière longue, eau encore fraîche au début. La côte nord est jouable dès qu’une accalmie s’installe.
Juillet – aoûtLe plus stable et le plus chaud, et le plus fréquenté : les calas du sud se remplissent en milieu de journée, Ciutadella est difficile d’accès.
SeptembreNotre préféré. Eau à 28 °C, foule qui reflue, fenêtres météo lisibles.
Début octobreEncore très bien, mais la tramontane revient et le nord devient un peut-être.
La crique turquoise de Cala Macarelleta en avril, vue de la falaise
Macarelleta a la mi-avril : une poignee de personnes, et l'eau encore froide

Arriver jusqu’à Minorque

Depuis Majorque — une cinquantaine de milles. C’est le départ que nous proposons par défaut : la traversée s’absorbe dans une journée ou une soirée, et au matin on est dans les calas du sud-ouest. Le détail de cette traversée et d’une semaine complète est dans notre guide Majorque – Minorque en voilier.

Depuis Barcelone — deux jours de mer sur les sept. Environ 110 milles à l’aller, autant au retour, une vingtaine d’heures chaque fois. On embarque en ville, sans avion ni transfert, et l’on paie cela de deux nuits de quart. C’est ce que nous avons fait en septembre 2026.

Depuis Minorque même. C’est possible, et le tour n’exige alors aucune traversée. Mais l’offre de bateaux y est étroite : moins de choix, et une semaine plus chère à prestation égale. Depuis Cala d’Or, Palma ou Pollença, on paie moins et on choisit vraiment son bateau.

Questions fréquentes

Combien de jours faut-il pour faire le tour de Minorque ?

Sept jours, confortablement, si l’on part de l’île : environ 70 milles de cabotage, donc deux à trois heures de mer par jour et tout le reste au mouillage. Au départ de Majorque, la même semaine comprend deux traversées et tourne autour de 170 milles.

Dans quel sens tourner ?

Celui que la prévision impose. Le sens se choisit un ou deux jours avant le départ, pour que la côte nord tombe sur la fenêtre calme et les calas du sud sur le jour venté. Inversez la prévision, vous inversez le tour.

Peut-on faire le tour par tramontane ?

Pas en entier. Par tramontane établie, la côte nord est fermée et la semaine se passe sur le sud et l’est, ce qui reste une très belle semaine. C’est pour cela que le nord est si peu fréquenté : il ne s’ouvre pas toutes les semaines.

Faut-il de l’expérience en voile ?

Non. Votre skipper professionnel mène le bateau toute la semaine. Vous prenez la barre autant que vous le voulez, ou pas du tout.

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