Aller de Tromsø au Cap Nord et revenir, c’est une boucle d’environ 400 milles le long de la côte arctique norvégienne, de 69°39′N à 71°10′N. La plupart des opérateurs qui affichent le Cap Nord vous y emmènent en bus depuis Honningsvåg. Nous, nous doublons le cap par la mer, sous la falaise de 307 mètres qui tombe droit dans la Barents. Voici ce que cette semaine demande vraiment.

La route, montée et retour

ÉtapeDistance
Tromsø → Skjervøy47 nmTraversée de nuit, sortie des Alpes de Lyngen
Skjervøy → Hammerfest67 nmLa longue. Côte ouverte.
Hammerfest → Reinøysundet17 nmMouillage, aucun village en vue
Reinøysundet → Havøysund10 nmPont bas, fort courant de marée
Havøysund → Honningsvåg26 nmDernier abri avant le cap
Honningsvåg → Cap Nord14 nm71°10′N. Doublé par la mer.
Cap Nord → Hammerfest51 nmOn redescend
Hammerfest → Øksfjord36 nmEau glaciaire, entrée dans les fjords
Øksfjord → Skjervøy31 nm
Skjervøy → Tromsø47 nmRetour sous les Alpes de Lyngen

Cela fait 346 milles en lignes droites, plutôt 400 une fois la côte suivie. À six nœuds de moyenne de travail, on approche les soixante-dix heures sur l’eau.

Pourquoi ça tient en une semaine : le soleil ne se couche pas

Soixante-dix heures de navigation en sept jours seraient un rythme éreintant partout ailleurs. Ici non, et la raison est la seule chose que tout le monde sait de l’Arctique sans jamais en tirer les conséquences : au-dessus du cercle polaire, en été, il n’y a pas de nuit pour vous arrêter.

Au Cap Nord, le soleil de minuit court de la mi-mai à la fin juillet. On peut quitter un mouillage à dix heures du soir en plein jour, faire soixante milles et arriver pour le petit déjeuner. Pas d’attente de l’aube, pas d’atterrissage à caler sur la première lumière, aucune raison d’être quelque part à une heure précise. Cela réorganise complètement une semaine, et c’est la plus grande différence entre naviguer ici et naviguer en Méditerranée.

Venez dans la seconde moitié d’août, comme nous l’avons fait, et le soleil de minuit a disparu — mais il n’y a toujours pas de vraie nuit, juste un long crépuscule lumineux qui glisse directement dans le matin. Moins de bateaux, eau plus froide, lumière plus basse et meilleure.

Doubler le cap, plutôt que le visiter

Le point mérite d’être précis, parce que les brochures ne le sont pas. Le Cap Nord est une falaise sur l’île de Magerøya. Le centre de visite qui la surplombe se rejoint par la route depuis Honningsvåg, et c’est ainsi que la grande majorité des gens qui disent « avoir fait le Cap Nord » y sont allés — y compris des passagers d’itinéraires à la voile qui glissent une journée de bus au milieu de la semaine.

Le doubler par la mer est autre chose. Quatorze milles depuis Honningsvåg, sortie de l’abri du fjord et entrée dans la Barents, la falaise au-dessus de vous et plus rien entre le bateau et le pôle. Vent sur la hanche si vous avez de la chance, mer plus dure sinon. C’est la raison de faire le voyage.

Une note honnête, parce que les marins le relèvent : le Cap Nord n’est pas le point le plus septentrional de l’Europe continentale. Knivskjellodden, la pointe basse juste à l’ouest, va un peu plus loin. Le Cap Nord, c’est celui qui a la falaise, le plateau et le monument — et vu de l’eau, celui qui vaut d’être doublé.

Ce que cette côte exige

Havøysund est une porte de marée. Un chenal étroit, un pont bas et un vrai courant qui passe dedans. Ce passage se prépare pour l’étale et le bon sens de marée : voiles affalées, moteur en route, l’œil sur la carte. Dix milles qui demandent plus de réflexion que les étapes de soixante.

Les abris sont nombreux, mais ce sont des abris de fjord. Contrairement aux Baléares, où la question est de savoir si une cala va rouler, on est ici le plus souvent enfoncé au fond de quelque chose avec des montagnes des deux côtés. Le vent s’engouffre plutôt qu’il ne tourne. Reinøysundet, un détroit au nord de Hammerfest avec des rennes sur les pentes et aucun village, est le genre de mouillage que donne cette côte.

Le morceau ouvert, c’est Skjervøy – Hammerfest. Soixante-sept milles de côte exposée, et l’étape qui décide de la forme de la semaine. Tout le reste peut être raccourci ou reporté ; celle-là, on s’y engage.

Il fait froid, et c’est une question d’équipement, pas de confort. Vestes chaudes, vraies couches, gants. L’eau reste assez froide tout l’été pour que la baignade relève du défi plutôt que du programme — même si Reinøysundet et Øksfjord y poussent quand même.

Les escales qui valent l’escale

Hammerfest se déclare la ville la plus septentrionale du monde et possède la colonne du Méridien pour en discuter — un repère classé à l’UNESCO, vestige de la campagne géodésique qui a mesuré la forme de la Terre. Des rennes paissent sur les hauteurs au-dessus du port. C’est l’escale naturelle, à la montée comme au retour.

Skjervøy est un petit port de pêche derrière son île, premier atterrissage après Tromsø. Y arriver après une traversée de nuit, poser le pied sur le quai dans ce jour pâle qui n’est jamais tout à fait devenu la nuit, c’est le moment où le voyage cesse d’être une idée.

Øksfjord, sur le chemin du retour, a de l’eau alimentée par les glaciers et des montagnes qui en sortent à la verticale. C’est la seule escale qui soit purement pour la beauté de l’endroit.

Lofoten ou Cap Nord ?

Les deux sont la Norvège arctique et ce ne sont pas la même semaine. Lofoten, au départ de Svolvær, ce sont des étapes courtes entre des pics spectaculaires, des villages de pêcheurs, le Trollfjord et le Raftsundet, avec plus de temps à terre. Tromsø – Cap Nord est une semaine de navigation : distances plus grandes, population plus rare, et un objectif au bout.

Si votre groupe veut des paysages et des villages, allez aux Lofoten. Si ce qui vous parle, c’est l’idée d’amener un voilier à 71 degrés nord et de tourner à gauche autour de la falaise, venez à Tromsø. Nous faisons les deux.

Quand y aller

PériodeCe qu’il faut en attendre
Mi-mai – juinPlein soleil de minuit, neige encore sur les sommets, très peu de bateaux. Froid.
JuilletLa fenêtre classique. Soleil de minuit jusqu’à la fin du mois, météo la plus clémente.
AoûtPas de vraie nuit mais plus de soleil de minuit. Longue lumière rasante, ports calmes.
À partir de septembreLe temps tourne et la saison ferme. Ce n’est pas notre fenêtre.

Ce que coûte une semaine

À partir de 5 000 € la semaine pour le voilier entier avec votre skipper inclus — soit environ 850 € par personne à six à bord. L’avitaillement, le carburant et les frais de port se partagent au sein du groupe, en plus. Un bateau, un groupe : jamais de cabine partagée, jamais d’inconnus à bord.

Questions fréquentes

Faut-il de l’expérience pour une semaine arctique ?

Non, et c’est la même réponse que partout où nous naviguons : votre skipper mène le bateau. Ce que cette route demande, ce n’est pas de la technique mais de l’appétit — pour des journées plus longues sur l’eau et pour un temps réellement froid. Un groupe qui veut se baigner et déjeuner à terre tous les jours sera plus heureux aux Baléares.

Atteint-on le Cap Nord à chaque fois ?

Non, et quiconque vous promet le contraire est en train de vendre, pas de naviguer. Le cap est exposé et la Barents fait ce qu’elle veut. Si la fenêtre n’est pas là, on attend à Honningsvåg ou on bascule la semaine vers les fjords. Y arriver compte ; y arriver dans une mauvaise mer, non.

Une semaine, est-ce assez ?

C’est assez pour la boucle, et uniquement grâce à la lumière. Dix jours la rendent confortable et permettent de faire vraiment les fjords au sud d’Øksfjord au lieu de les longer. Quatorze permettent d’enchaîner sur les Lofoten.

Cet itinéraire est-il figé ?

Non. C’est la forme que prend la route, et les distances sont réelles, mais la semaine se construit avec vous puis se reconstruit selon ce que fait la météo. Sur cette côte, ce n’est pas une formule de style.

Envie de la naviguer ?

Voyez l’odyssée Lofoten et Cap Nord, ou dites-nous vos dates et nous vous dirons honnêtement à quoi la semaine peut ressembler. Vous pouvez aussi lire ce qu’en ont écrit nos équipages.